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"Ariane"

                     Conte de Laurence Fauville

                              Le cri- E.Munch

Ariane n’avait que deux semaines lorsqu’elle fut abandonnée par ses parents. Ces derniers, horrifiés par la laideur de leur fille, décidèrent de l’abandonner à l’entrée du village voisin.

Ariane, n’ayant que deux semaines, arborait déjà un dos bossu, une tignasse noire indomptable ainsi qu’une bouche zigzagante.

Elle fut recueillie par une vieille dame qui tenait une teinturerie. Ariane avait toujours du faire face aux moqueries et à la méchanceté des gens du village. Personne n’osait approcher la jeune fille. Cette dernière travaillait jour et nuit dans l’arrière pièce de la teinturerie, c’était sa pièce à vivre, elle y était constamment. Ariane prenait grand soin de laver les vêtements des gens du village. Elle les lavait séparément, les repassaient et les parfumait tout comme le lui avait apprit la vieille dame.

Le seul jour où Ariane était autorisée à sortir était le dimanche. La veille teinturière l’envoyait chercher un baba au rhum dont elle était si friande.

Chaque dimanche donc, Ariane se rendait à la pâtisserie du village. Cette promenade dominicale, lui permettait d’observer les habitants du village qui vaquaient à leurs occupations. Elle les voyait se rendre à l’épicerie, au restaurent, tondre leur pelouse …

Elle ne comprenait pas pourquoi les gens se retournaient sans cesse sur elle. Bien consciente de l’étrangeté de son physique, elle était persuadée que cela ne devait pas empêcher les gens de lui parler.

Peu à peu une question vient tarauder Ariane. Pourquoi donc les habitants du village formaient ainsi des groupes ? Au fil des années Ariane avait remarqué que les Vanité ne se mélangeaient pas aux Gourmand, que les Luxure ne côtoyaient jamais les Paresse, que les Jalousie snobait les Avarice et que les Colère habitaient tous la même maison.

Un lundi matin alors qu’Ariane terminait d’emballer les derniers vêtements, elle n’entendit pas la vieille teinturière descendre ouvrir sa boutique. La vielle dame était décédée dans la nuit. (Etouffée par un morceaux de baba aux rhum avait on dit… sa gourmandise l’avait perdue).

Les jours suivant l’enterrement, Ariane ouvrit la boutique afin que les clients puissent venir chercher leurs vêtements et en déposer d’autres à laver. Mais personne ne vint. Après plusieurs jours d’attente, Ariane décida de se rendre chez les habitants du village afin de leur porter leurs linges. Tous furent stupéfait de voir la petite teinturière sonnez chez eux. Certains lui arrachèrent le paquet des mains et lui claquèrent la porte au nez. Néanmoins quelques uns lui remirent du linge à laver, mais en lui disant bien qu’elle n’aurait qu’a déposer le linge laver sur le pas de leur porte. Personne ne voulait connaître ni voir cette jeune fille si laide, si différente.

Le comportement des habitants perturba quelque peu Ariane. Une nuit alors qu’elle lavait les vêtements de Madame Vanité, elle les mélangea à ceux de Monsieur Gourmand. Quel ne fut pas sa surprise lorsque trois jours plus tard elle vit Monsieur Gourmand et Madame Vanité en grande discussion à la terrasse du café. Elle trouva cela fort étrange, mais la ravit en même temps.

Elle rentra chez elle, mais ce n’est qu’en début de soirée qu’elle se souvint avoir mélangé les vêtements de ces deux personnes.

Elle courut dans l’arrière salle de la teinturerie et commença à mélanger les vêtements des Avarice,  Vanité, Gourmand, Luxure  Paresse, Jalousie et Colère.

Dès le lendemain elle constata que les mélanges avaient portés leurs fruits. Les habitants ne voyaient plus ce qui les différenciaient autre fois. Ils découvraient leurs ressemblances. Ils se mélangeaient les uns aux autres.

Ariane fut heureuse de constater qu’elle avait réussi à faire s’estomper les différences.

Elle courut sur la place du village et tenta d’expliquer aux villageois ce qui venait de se passer. Mais personne ne voulut l’écouter.

Ariane, se moquait bien qu’on lui attribue se mérite, elle voulait simplement ne plus être différente.

La petite teinturière s’en alla mélanger ses propres vêtements à ceux des habitants du village. Ainsi elle pourrait elle aussi se mêler aux autres. Elle ne serait plus seule.

Mais cela n’eut pas l’effet escompté. Les habitants du village ne vinrent pas.

Ariane continua à mélanger ses vêtements a ceux des villageois, mais rien ne se produisit.

Elle continua indéfiniment à répéter les mêmes gestes pendant des années, espérant en secret qu’un jour un miracle se produise.

Les années passèrent, la petite teinturière mourut seule sans que jamais personne n’ait posé d’autres regards sur elle que ceux de l’horreur et de la différence.

 Octobre 2006
 

 

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