Futurisme
(1910 à 1920)
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Boccioni "Dynamisme d'un footballeur" |
Les peintres représentent la trépidation de la vie urbaine, le travail moderne et dynamique de la machine. Les objets traités et les personnages sont d'apparence mécanique et présentent les caractéristiques essentielles et géométriques qui permettent de les reconnaître. Les lettres, les signes aident à la compréhension du sujet.
LE MANIFESTE: 20 février 1909.
Protestation contre le passé, une préfiguration du futur. L'idée de "simultanéité", la vitesse, la vie moderne, la science. Les futuristes découvrent qu'en mouvement les choses se multiplient, se déforment, se succèdent comme les vibrations dans l'espace. Marcher avec le temps, vivre intensément, le progrès c'est la base du futurisme. Grand mérite: Traduire leur anxiété sociale dans une peinture nouvelle. C'est un brusque mouvement de révolte.
Le manifeste technique de la peinture futuriste peut se ramener à trois propositions essentielles:
1. La proposition théorique: "Le dynamisme universel doit être donné en peinture comme sensation dynamique".
2. La proposition scientifique:"Le mouvement et la lumière détruisent la matérialité des corps".
3. La proposition technique:" le complémentarisme inné est une nécessité absolue en peinture, comme le vers libre en poésie et la polyphonie en musique".
Parce que tout remue dans la réalité, tout est mouvement; c'est le mouvement qui leur apparaît comme la caractéristique essentielle de la vie moderne.
"Étant donné la persistance de l'image dans la rétine, les objets en mouvement se multiplient, se déforment en se poursuivant comme des vibrations précipitées dans l'espace qu'ils parcourent. C'est ainsi qu'un cheval courant n'a pas quatre pattes, mais il en a vingt, et leurs mouvements sont triangulaires...".
"Tout bouge, tout court, tout se transforme rapidement".
"Le peintre porte en soi les paysages qu'il veut fixer sur la toile".
" La pâleur d'une femme qui contemple la devanture d'un bijoutier a une vision plus intense que les feux prismatiques des bijoux dont elle est l'alouette fascinée".
LE MANIFESTE DU FUTURISME
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Boccioni " Les Adieux" |
"Nous voulons démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les lâchetés opportunistes et utilitaires".
En vérité, la fréquentation quotidienne des musées, des bibliothèques et des académies (Ces cimetières d'efforts perdus, ces calvaires de rêves crucifiés, ces registres d'élans brisés!...) est pour les artistes ce qu'est la tutelle prolongée des parents pour de jeunes gens intelligents, ivres de talent et de leur volonté ambitieuse. Pour les moribonds, des invalides et des prisonniers, passe encore. C'est peut-être un baume à leurs blessures, que l'admirable passé, du moment que l'avenir leur est interdit... Mais nous n'en voulons pas, nous, les jeunes, les forts et les vivants futuristes!
Le feu aux rayons des bibliothèques! Détournez le cours de canaux pour inonder les caveaux des musées!... Oh! qu'elles nagent à la dérive, les toiles glorieuses! À vous les pioches et les marteaux! Sapez les fondements des villes vénérables!
"Nous voulons glorifier la guerre-seule hygiène du monde-le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles Idées qui tuent, et le mépris de la femme.
"Il n'y a plus de beauté que dans la lutte. Pas de chef-d'oeuvre sans un caractère agressif. La poésie doit être un assaut violent contre les forces inconnues, pour les sommer de se coucher devant l'homme
"Nous chanterons les grandes foules agitées par le travail, le plaisir ou la révolte; les ressacs multicolores et polyphoniques des révolutions dans les capitales modernes; la vibration nocturne des arsenaux et des chantiers sous leurs violentes lunes électriques; les gares gloutonnes avaleuses de serpents qui fument; les usines suspendues aux nuages par les ficelles de leur fumées; les ponts aux bonds de gymnastes lancés sur la coutellerie diabolique des fleuves ensoleillés, les paquebots aventureux flairant l'horizon; les locomotives au grand poitrail, qui piaffent sur les rails, les énormes chevaux d'acier bridés de longs tuyaux , et le vol glissant des aéroplanes, dont l'hélice a des claquements de drapeau et des applaudissements de foule enthousiaste.
NOUS DÉCLARONS
1. Qu'il faut mépriser toutes formes d'imitation et de glorifier toutes les formes d'originalité;
2. Qu'il faut se révolter contre la tyrannie des mots "harmonie" et "bon goût", expression trop élastiques avec lesquelles ont peut facilement démolir les oeuvres de Rembrandt, de Goya et de Rodin;
3. Que les critiques d'art sont inutiles ou nuisibles;
4. Qu'il faut balayer tous les sujets déjà usés, pour exprimer notre tourbillonnante vie d'acier, d'orgueil, de fièvre et de vitesse;
5. Qu'il faut considérer comme un titre d'honneur l'appellation de "fous" avec laquelle on s'efforce de bâillonner les novateurs;
6. Que le complémentarisme inné est une nécessité absolue en peinture, comme le vers libre en poésie et la polyphonie en musique;
7. Que le dynamisme universel doit être donné en peinture comme sensation dynamique;
8. Que dans la façon de rendre la nature il faut avant tout de la sincérité et de la virginité;
9. Que le mouvement et la lumière détruisent la matérialité des corps;
NOUS COMBATTONS
1. Contre les teintes bitumineuses par lesquelles on s'efforce d'obtenir la platine du temps sur des tableaux modernes;
2. Contre l'archaïsme superficiel et élémentaire fondé sur les teintes plates, et qui en imitant la facture linéaire des Égyptiens réduit la peinture à une impuissance synthèse puérile et grotesque;
3. Contre le faux avenirisme des sécessionnistes et des indépendants, qui ont instauré de nouvelles académies aussi poncives et routinières que les précédents;
4. Contre le nu en peinture, aussi nauséeux et assommant que l'adultère en littérature.
Expliquons ce dernier point. Il n'y a rien d'immoral à nos yeux; c'est la monotonie du nu que nous combattons. On nous déclare que le sujet n'est rien et que toute est la façon de le traiter. D'accord. Nous l'admettons aussi. Mais cette vérité inattaquable et absolue par le besoin d'exhiber ne l'est plus aujourd'hui, quant au nu, du moment que les peintres, obsédés par le besoin d'exhiber le corps de leurs maîtresses, ont transformé les Salons en autant de foires aux jambons pourris!
Nous exigeons, pour dix ans, la suppression totale du nu en peinture!
Publié par Figaro le 20 février 1909